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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /Déc /2009 11:57

Exit le fantôme…(r)entrée vers où ? Si tant est qu’il puisse y avoir une (r)entrée après une sortie.

Nous voici avec Nathan Zuckerman l’écrivain, double ? alter ego, prisme grossissant de Philip Roth l’auteur , qui après 11 ans passé dans la campagne de la nouvelle Angleterre à se terrer , doit se rendre à New York, ville de son succès, de sa jeunesse , de sa vie pour subir une intervention médicale, intervention  qui pourrait lui rendre un peu d’autonomie, suite à un cancer de la prostate.

Ce retour dans cette ville, c’est un retour à la vie et un face à face avec la mort.  Sa réclusion volontaire lui permettait d’échapper au cours du temps, mais face à la grande ville, il prend conscience qu’il n’est pas encore mort et le confronte à sa propre attitude face à une échéance qui est de toute façon inéducable. Visions du passé avec la compagne d’un écrivain qu’il vénérait, elle aussi en fin de parcours, d’un  jeune arriviste qui pourrait être l’auteur lui-même jeune, vision du présent avec cette femme qu’il rencontre et qu’il désire mais qui du fait de son âge à lui  et de son état ne lui permet plus que de créer du fantasme et non pas de tentative  de passage à l’acte, peut être ce qui différencie le fantôme de l’être de chair. Vision de l’écrivain aussi, de son travail, de la vie par rapport à son travail et de l’existence de la vie réelle par rapport à son œuvre, de l’interprétation qui en est faite et cette phrase « je laisserai les lecteurs seuls avec les livres pour qu’ils puissent en faire ce qu’ils veulent en toute liberté »

Tout cela condensé sur 320 pages rend le livre superbe, car tous les sujets s’imbriquent les uns dans les autres, nous  confronte à notre (future) vieillesse, mais rien n’est martelé, tout est suggéré, c’est de la soie avec un fond rugueux qui interroge. Il   y a aussi un superbe travail sur la fiction, sur la pensée (les retranscriptions de Zuckerman après ses rencontres avec Jamie ou l’histoire d’Amie Belette).  

Enfin pour l’homme que je suis, il y a un coté blues de la prostate qui permet de faire face aux échéances peut être à venir. Comment définir un homme ? De multiples manières bien évidemment mais son rapport à la prostate semble particulier en vieillissant et   je repensais au dernier livre de Jim Harrison qui si il était raté par son coté vulgaire et vantard, rendait compte également du rapport entre  l’homme vieillissant  et ses attributs et de cette déchéance physique créant peut être un fantôme encore vivant. Le livre d’Harrison exaspérait, ici la subtilité de Roth fait mouche et rend son livre magnifique, tant dans la forme que dans le fond.   

Par Bartllebooth - Publié dans : IN THE MOOD FOR BOOKS
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