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le blog bartllebooth Blog de vieux con

Michon, michonons

Bartllebooth

Cela a démarré sur un différent sur un écrivain dont j’ai apprécié la prose sur deux livres, le fameux Pierre Michon…Hélène, nouvelle venue mystérieuse sur ce blog à audience confidentielle, n’a comme qui dirait pas la même opinion que moi sur le grand ( ou Petit )Pierre. Suite à quelques échanges sur le sujet, elle m’a lancé une sorte de défi, de jeu en démarrant deux histoires en singeant, raillant le style baroque et parfois emphasé de Pierre Michon. Je pouvais en choisir qu’une, j’ai choisi les deux, prolongeant son démarrage. Voici donc mes suites  

 

Vies majuscules : "je suis prof, et je vis en majuscule... Je trottine le trottoir noir de l'ennui qui me mène dans les tréfonds inauguraux de l'insensé. Oh ! Insensé, je te connais ! Je suis la démesure de l'insensé qui me conduit vers la cage des poulets qui attendent leur pitance : mouture vagabonde des blés mûris aux soleils incandescents des étés généreux... si généreux, oui, si généreux. Nectar fécond que je dispense à l'aune du jour naissant. Ils étaient là, mes élèves piteux sans pitance. M, P, j'allais, derrière mon bureau aux odeurs crayeuses des falaises bretonnes rayonner le désir confondu du monde et de la concupiscence…que leur permettait leurs jeunes années innocentes. Si jeunes, si frêles comme des roseaux, mais cette concupiscence ce désir nourri de leur jeunesse, de leur corps nourri aux agapes du printemps rendait leurs corps plus dur prêt à murir comme les blés. Je sentais ce regard qu’on les hommes à mon égard, regard que ces « presque » hommes découvraient en eux, pensées attitudes, gestes dont peu de temps avant dans leurs intérieurs arides, plein de fantasmes enfantins de parents aimants mais naïfs, ils ne soupçonnaient même pas l’existence. Et les regards de ces filles « femmes », plein de haine, d’envie et d’effroi devant tant de complexité, devant ce que je représentais, ce que je reflétais m’amusait.

Oui, ma vie est en majuscule même si l’ennui de mon métier de gardiennage à vertu pédagogique pouvait en réduire le sens. Seulement, voila dans la représentation de la vie, de l’Homme, dans le théâtre social, j’avais simplifié au maximum l’effort nécessaire à la ligne de flottaison de l’acceptation par les autres en jouant dans ma vie sociale sur cette image pour tranquillement masquer tout le reste ce reste presque infini, cet oméga  de doutes dont l’autre, les autres ne pouvaient même pas en comprendre l’alpha.

Seulement voilà ce matin…

 

vie minuscule"je suis allongé sur les rails et j'attends. Je sais qu'il viendra, qu'il viendra pour m'écraser et qu'ensuite, tout sera fini Mais il faut que je vous dise. Mon suicide n'est pas de ceux qui se font à l'impulsion... Mon suicide, je l'ai en moi, depuis ma naissance. Il est là et me taraude encore à l'heure où je vais mourir, à l'heure où tout est décidé, à l'heure de l'ultime témoignage. Car voyez-vous, ma vie, c'est de la culpabilité et je n'y peux rien. Je ne sais si je peux vous dire... mais, si, je peux vous dire car ici et maintenant, plus rien ne compte, alors, je vais dire. Enfin !, je vais témoigner !. et mon témoignage sera de ceux qui se font sur le dos, mains ouvertes vers le ciel qui m'attend... Je ne mentirai pas. Je vais étirer ma vie comme un corps sur le rail à l'heure du train qui passe.

Tout a commencé le jour où entre les jambes d'une femme, j'ai vu le jour... Ma mère, de constitution fragile a peiné pour que je vive...." peiné comme elle avait peiné jusqu’à présent, à ne pas vivre, ce mot n’existait même pas dans cette campagne creusoise qui fut la sienne et par la magie, par  sorcellerie, par chance ou malchance fut la mienne également. On ne vit pas,  on survit, on attend, on besogne, on se fait besogner admettant par dépit, par ignorance, par stupidité tout ce que l’on subit, sans révolte, sans dégout, juste parce que c’est  comme cela et juste le dimanche en écoutant un homme en robe noir suspendu au dessus de nous, fier de sa supériorité de façade, que son poste,  que sa position lui conférait, on espérait que oui après, plus tard, dans une autre vie,  cette existence  de peine et de souffrance serait récompensée par autre chose, par un Walhalla, un paradis un ailleurs ou ces souffrances étaient censées se transformer en bonheur majuscule que nos vies minuscules n’imaginaient même pas l’existence.

Peinant à vivre, peinant à naitre, les seuls sons sortant de la maigre carcasse qui me servait de corps et en cet instant précis et me permettant d’avoir enfin une réalité physique furent des râles, une brève  toux qui déjà inquiétèrent l’entourage proche de la ferme isolée qui me servirait d’antre au moins pour un temps.  Ma mère elle dans cet instant ne fut pas inquiète, ce fut peut être seulement le seul moment où elle ne le fut pas en contemplant mon corps qui serrât (qui fut) toujours trop fragile.  Epuisé par un accouchement difficile, elle gisait là inerte dans un abandon que seul ce moment de magie et de souffrance laissait sans jugement tous les autres…

 

 

Ma Chère Hélène, maintenant que faisons nous ? il est évident que nous devons continuer, je m’amuse déjà comme un gamin, mais maintenons nous ce jeu à nous deux ou l’ouvrons nous aux autres (est ce que d’autres veulent participer ?). En attendant j’attends vos suite ma chère

Amicalement

Commentaires

bartllebooth 29/11/2009 19:22


nouvel épisode rédigé


hélène 24/11/2009 23:02



Une suite pour le 2... Michon ne m'intéresse pas...

Alors il faut que je vous dise un peu de cette femme qui fut ma mère, un peu de cette femme qui m'a fait naître dans la besogne... car c'est ma mère, quand même... J'ai su plus tard. Le
sang qu'elle avait perdu, le mal que ça lui a fait quand je suis venu, quand j'ai déchiré son corps pour naître. C'était le sang ajouté au sang car il faut que je dise aussi à sa décharge : 
un jour, un homme, de passage dans la campagne creusoise, l'avait prise et l'avait saignée et elle avait saigné en silence parce qu'elle ne savait pas comment faire
autrement.... pendant  neuf mois, elle a porté le goût de ce sang dans son ventre, un sang qui grandissait en elle, le sang nourrissier de l'opprobre. Innocent ! pourtant, innocent
! car moi, qu'est-ce que j'avais à voir avec tout ça ? .... J'étais comme tous les autres dans un corps de mère à venir, un foetus qui devient quelqu'un qui doit naître. Et c'est
pourquoi, naturellement, je suis venu, un jour. Je suis l'innocent nourri au sang du viol. C'est pourquoi je dis que je suis né dans le sang... Plus tard, j'ai eu l'âge du
questionnement, alors j'ai demandé où il était, mon père : elle m'a dit : "il est là" Et elle m'a montré sa bouche aux dents brisées... Plus tard, un peu plus tard, elle m'a dit : "ton père,
il est là". Et elle a montré, - et j'ai vu ce jour-là combien son doigt était sec et sans amour -  oui, elle a touché, là sur mon visage, la tache de vin qui le défigure. Ma tache
de vin... la tache du sang de ma mère... à jamais gravé sur ma peau. Ma tache de vin, c'est la vengeance de ma mère sur mon père... Mais c'est elle qui me l'a faite, elle et
elle seule.... et je l'aime comme une justice de la vie sur la honte. Je l'aime comme j'aime peut-être ma mère. Ma tache de vin, elle a cette forme étrange de la femme qui a saigné et qui
n'a pas su aller au-delà du sang, qui n'a pas su pardonner ... C'est quelque chose qui a une forme de carte géographique, carte d'un pays haï, honteux et coupable :
c'est le leg de ma mère sur mon visage innocent. Il faut que je le dise, et il faut aussi que je vous la décrive, la tache.... 



bartllebooth 23/11/2009 08:31


Corrections faites. la patience est d'or, j'attends votre suite.
 Pour ceux qui veulent participer à ce jeu merci de vous faire connaitre, mais peut être resterons nous que deux...
amitiés


Hélène 22/11/2009 20:12


On continue, bien sûr, avec tous ceux qui veulent... Ce soir, je suis totalement à la bourre, même si je peux torcher le Michon en 10 minutes... D'ailleurs, vous êtes très fort... Michon a du souci
à se faire !
Pour le deuxième, j'attendais une écriture un peu moins absconde, un peu plus sèche... Mais c'est le principe du cadavre exquis. Je vais continuer dans mon style... ça va faire un arlequin exquis !
D'ailleurs j'ai torché le début trop vite... Il faut changer les temps ! Sinon, ça n'a pas de sens... "je suis allongé sur les rails et j'attends. Je sais qu'il viendra, qu'il viendra pour
m'écraser et qu'ensuite, tout sera fini".
Merci de corriger.
Amitiés, Hélène